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Energie Atomik

« Le juke-box Wulitzer de l’Univers est bourré de réalités 78 tours rangées côte à côte, préparez votre pièce de 10 centimes ». A lire Sesshu Foster, on devine le merveilleux bordel de son appartement. Son écriture est celle d’un ado cinquantenaire en furie, celle d’un désordonné à vie, d’un dérangé par nature. Son premier roman traduit en français (Foster habite Los Angeles), « Atomic Aztek », se présente comme un taudis gonzo parfaitement désarticulé et saturé de sous réalités à visiter comme autant de disques à savourer.

9782367870007L’anti-héros de son « Atomik Aztek », Zenzontli,  a des allures de petit frère nervo-rêveur qui cultive dans son antre sacré les historiettes que lui dicte son imagination contaminée. Comme ces mauvais conteurs de blagues, trop pressés d’en arriver à la chute pour bien ménager leurs effets, Zenzo l’hystérique mélange intrigues et voix, sautant nerveusement d’une action dramatique à l’autre. Atomik Aztek, dépourvu d’une trajectoire claire (« I am getting fucked in the head and I think I like it »), est plutôt constitué d’un agrégat de situations explosives. Foster exulte en nous livrant sa vision des bouchers qui s’entretuent, des cochons-mouches qui s’effondrent en masse dans la salle d’abattage de Farmer John, du soldat de l’Imperium Socialiste Aztek qui dévore une Introduction à l’histoire du Jazz pour préparer l’Insurrection qui vient ou des allemands qui se font massacrer à coups de mitrailleuses supersoniques. Le conteur d’Aztek de cette (non) histoire assassine joyeusement, le stylo en guise de carabine à plomb, tous les dieux et les maîtres qu’il croise. La cohérence du tout, c’est son moindre souci: « Je me fiche de paraître incohérent, mais était-ce au moins créatif? Etait ce enjoué? As-tu pris des notes? »

C’est, en somme, un « punk survitaminé qui se fout de la réalité » (l’expression est, sans surprise, de F. Wallace) que l’on rencontre. Un narrateur génialement détraqué qui fait gicler, tous azimuts, morceaux de récits et bribes de style. Tantôt le narrateur s’exprime comme un shérif bourgeois, tantôt comme un hippie paranoïde et tantôt plutôt comme un boucher espagnol. L’absurde le plus jouissif: « La sale guerre en Argentine sera l’équivalent de la saucisse ! Le Viol de Nanking paraitra aussi frais que le café moulu sur place ! La Solution Finale ressemblera à un demi pamplemousse ! », côtoie l’analyse philo-politique éthérée: « Voilà pourquoi les Amérikains ne touchent pas leur bille dans le Monde Réel (…) Ce genre de Nation de l’Ennui est un Destin Pire que la Mort !»; le grotesque enfantin: « il pète tendrement, un gros ballon de baudruche perd lentement son air », succède à un lyrisme tempéré: « le ciel changerait bientôt de couleur, s’emplissant de flammes et de chair vive, orange tel un oiseau de paradis, les plumets blancs des nuages et des éventails bleus s’ouvrant dans toutes les directions ».

Il y a chez Foster des effluves de Miller, de Bukowski et autres Kerouac.

Il serait donc idiot de réduire cet hallucinant premier roman à un joyeux bordel inconséquent. La nonchalance assumée de Foster ne nuit en rien à son cri: plutôt, elle l’intensifie. Si le jeune ridé délire en lançant ses piques et en riant ses meurtres, il attaque cependant toujours toujours dans la même direction, d’un même geste résolu. Cette direction, c’est celle de la révolte contre l’ennui et l’inertie. Sesshu Foster semble faire de la littérature le meilleur moyen d’être en guerre constante contre l’impératif raison et clamer, à l’instar d’un Breton dans ses grandes heures, « Plutôt la vie! ». Alors ici, c’est l’emportement à l’égard du consumérisme idiot, du travail résigné ou l’ennui satisfait; là, c’est la guerre contre le pouvoir imposé et l’Histoire objectivée. Ailleurs, ce sera la rébellion contre le logique narrative et en permanence, c’est le combat contre l’orthographe figée (tous les [k] du roman s’écrivent avec la lettre K, tous les « et » sont transformés en «&»). La guerre est finalement déclarée ouverte à tout ce-ki-se-réduit-à-n’être-ke-ce-ki-est, à tout ce qui se Fixe et qui Renonce. En écrivant, Sesshu Foster ouvre donc en grand les portes sa chambre kramée pour s’exhiber qui, sainement, éjacule sa prose guerrière.

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